L’open data des taxis ou la modernisation de la relation professionnel-client supervisée par l’État

Lydie GONNORD, cadre de la fonction publique de l’État



À l’heure de l’ouverture à la concurrence du transport particulier de personnes, le taxi reste un acteur incontournable pour la mobilité des personnes, que ce soit dans les grandes villes ou dans les zones rurales.

Il n’en reste pas moins que la relation client- professionnel a connu ces dernières années une profonde remise en question.

Traditionnellement (et réglementairement surtout), les professionnels du taxi disposent de trois possibilités pour prendre en charge un client sur la voie publique :
– l’attente de clientèle à des emplacements réservés à cet effet ;
– la prise en charge à la volée, rebaptisée depuis quelques années sous le terme de « maraude » ;
– la réservation préalable, qui pendant de nombreuses années, a fonctionné via le recours à des centrales de réservations regroupant les taxis et permettant de mettre en relation des clients avec les chauffeurs affiliés.

Or, dans une société où l’art de la consommation se caractérise par son immédiateté, l’avènement de nouvelles technologies a contribué à développer des applications « Smartphones » permettant d’assurer une mission similaire à celle que réalisaient les centrales de réservation.

À l’heure de l’« ubérisation » de l’économie, censée incarnée l’avènement d’une économie collaborative permettant une relation directe, instantanée entre un acheteur et un vendeur, entre un client et une personne proposant une prestation de service, le développement d’applications Smartphones ne constitue certainement pas une révolution dans le relation entre le client et le professionnel du transport qui reste régie par un intermédiaire, une plate-forme qui assure cette mise en relation moyennant une commission à la charge du professionnel.

Toutefois, les professionnels du taxi ont continué à se reposer sur un modèle historique qui s’éloignait considérablement des habitudes nouvelles de la clientèle.

Le virage du numérique a bien été enclenché sous l’impulsion des principales sociétés de taxi. Néanmoins, le législateur a entendu accélérer davantage ce processus de « modernisation » de la profession de taxi en créant, à l’article 1er de la loi no 2014-1104 du 1er octobre 2014 relative aux taxis et aux voitures de transport avec chauffeur, le registre de disponibilité des taxis dans le but de garantir la mise en place de l’open data des « taxis ».

Ce registre vise in extenso à « recenser les informations relatives à l’identification, à la disponibilité et à la géolocalisation des taxis » et à « améliorer l’accès aux taxis par leurs clients en favorisant le développement de services innovants ».

Le décret no 2016-335 du 21 mars 2016 relatif au registre national de disponibilité des taxis est venu préciser les contours de cette révolution numérique initiée par le Gouvernement à la faveur des professionnels du taxi.

Géré par le SGMAP, le registre national de disponibilité des taxis constitue une offre de service gratuite pour ses utilisateurs. Ce registre recense à la fois :
– les informations détenues par l’autorité administrative (maire, président d’EPCI ou préfet) sur l’autorisation de stationnement de taxi (dite ADS) qui permet à un professionnel de stationner en attente de clientèle sur la voie publique dans sa commune de rattachement ;
– les informations relatives aux conditions qui peuvent être imposés aux professionnels par l’autorité administrative (véhicule permettant la prise en charge de personnes à mobilité réduite, l’utilisation d’un véhicule hybride ou électrique, une limitation de la durée quotidienne d’exploitation du véhicule) ;
– avec l’accord du professionnel, sa géolocalisation et sa disponibilité.

Le déploiement de ce nouveau dispositif sur l’ensemble du territoire sera certainement assez complexe compte tenu de la nécessité de recueillir l’ensemble des informations relatives aux autorisations de stationnement (soit plus de 60 000) auprès des collectivités et des services de l’État.

Toutefois, les professionnels qui décideront d’adhérer à ce dispositif gratuit jouiront d’un avantage non négligeable sur leurs concurrents. De même, cette formule sera favorable aux clients qui ne se verront plus facturer la course dite « d’approche ».

En tout état de cause, en développant cet outil, l’État consacre et institutionnalise un nouveau concept dans l’univers du transport de personnes, celui de la maraude électronique où la voie publique devient une réalité immatérielle à laquelle nous sommes tous en mesure d’accéder depuis notre canapé ou le fauteuil douillé d’un restaurant.

Les mois et années à venir nous permettre de savoir si cela permettra aux professionnels du taxi de reconquérir une clientèle déjà captive auprès des voitures de tourisme avec chauffeur (VTC).