Le numérique à l’appui des politiques de vieillissement

Aurélien BORDET, consultant



Les territoires français sont impactés de plein fouet par le vieillissement et doivent dans le même temps assumer des dépenses sociales qui vont croissantes. Dans ce contexte, le numérique pourrait bien se révéler un atout pour les collectivités. Ses apports se mesurent à trois niveaux : une offre de services enrichie, un levier de mutualisation des services et un outil de coordination entre les acteurs.

À l’heure où le projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale mercredi 17 septembre 2014, il se trouve que le GEAE a lui-aussi une contribution à faire sur ce sujet. Ou, plutôt, cette contribution s’inspire d’une étude de la Caisse des Dépôts publiée il y a quelques semaines et qui s’intitule « Autonomie et bien vieillir. Habitat, territoires et numérique ».

Les territoires français sont impactés de plein fouet par le vieillissement – avec en première ligne le Limousin et la Bourgogne – et doivent dans le même temps assumer des dépenses sociales qui vont croissantes. La montée en charge de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), dont le nombre de bénéficiaires était de 1,2 million en 2012 et devrait atteindre 2 millions en 2040 selon l’Insee, l’illustre bien.

Dans ce contexte, le numérique pourrait bien se révéler un atout pour les collectivités. Ses apports se mesurent à trois niveaux : une offre de services enrichie, un levier de mutualisation des services et un outil de coordination entre les acteurs.

1. Adapter l’habitat pour anticiper l’avancée en âge.

Le regard sur la vieillesse a changé au cours du temps, et cette observation s’incarne y compris dans nos politiques publiques. On ne parle désormais plus de dépendance, ni d’autonomie, mais bien d’adaptation. Ce mot est sur toutes les lèvres et est au cœur de la loi d’adaptation au vieillissement dite « 3A » (Anticiper, Adapter, Accompagner).

L’adaptation touche en premier lieu le logement, alors que le maintien à domicile tend à devenir un axe de plus en plus prégnant des politiques du vieillissement en France. Cela va naturellement de paire avec l’explosion du nombre de personnes très âgées mais autonomes, capables de rester à leur domicile éventuellement avec l’appui d’un aidant.

Le numérique, dans ce cadre, peut contribuer à la prévention de la perte d’autonomie. Domotique avancée, compteur intelligent, équipements destinés à signaler des dangers éventuels comme des incendies ou des fuites d’eau… Il s’agit ici d’ « ajouter une dimension servicielle à l’habitat pour en faciliter et optimiser l’usage au quotidien », comme le résume de manière très docte la Caisse des Dépôts.

Au-delà, le numérique contribue aussi à relier l’habitat avec l’extérieur, par exemple par le biais de systèmes d’alerte de suspicion de chute ou de suivi des paramètres vitaux. Le numérique vient alors pallier la perte de mobilité des seniors et créer un nouveau lien avec les commerces et les services qui deviennent de moins en moins accessibles.

2. Difficile rencontre de l’offre et de la demande

En dépit de tout l’intérêt qu’elles présentent, ces nouvelles technologies peinent pourtant à se diffuser. Pourquoi ? Tout simplement parce que, si l’offre arrive lentement à maturation, la demande est quasi-inexistante. Manque d’information, rejet de la nouveauté, attachement aux habitudes ou encore manque de moyens : de multiples facteurs peuvent être invoqués. D’autant plus que, si les générations plus jeunes comme les plus anciennes sont enclines à faire l’acquisition d’une tablette ou d’un second écran pour leurs loisirs, elles considèrent souvent qu’il revient à la collectivité de financer les dépenses liées à la prévention de la perte d’autonomie.

Les pouvoirs publics doivent donc s’engager pour éduquer le consommateur final, favoriser l’émergence d’une demande au travers de séances de sensibilisation et solvabiliser la demande. Dans le cas d’un service de téléassistance, on peut par exemple imaginer que la personne âgée achète elle-même le terminal et que l’abonnement à la plate-forme de téléassistance soit financé par le conseil général ou, demain, l’intercommunalité. Au final, ce sont les finances publiques qui sont gagnantes en évitant des hospitalisations inutiles (notamment pour des chutes), en réduisant les transports sanitaires et, à terme, en retardant l’entrée en dépendance.

3. Mutualiser et coordonner

Comme nous venons de le voir, le numérique peut contribuer à enrichir l’offre de services publics. Dans un contexte où 90 % de l’APA servent à financer des heures d’aide à domicile, il est grand temps d’orienter les fonds publics vers le soutien au développement d’une véritable offre de services destinée à prévenir la perte d’autonomie.

Cependant, le numérique peut également contribuer à transformer la manière dont les politiques du vieillissement sont mises en œuvre. La création d’une plate-forme de téléassistance permet de massifier le suivi des seniors tout en s’inscrivant en complémentarité avec les relations de voisinage. Ainsi, si un senior ne répond pas à un appel de courtoisie passé par la plate-forme, cette dernière peut contacter un voisin chargé de vérifier si tout va bien au domicile de la personne.

Par ailleurs, le numérique présente un intérêt en termes de coordination des différents intervenants. L’information transmise par un médaillon anti-chutes peut être diffusée simultanément aux secours et aux proches. La dématérialisation du suivi des prestations des aidants à domicile permet dans le même temps d’éviter les oublis ou les doubles passages…

On l’a compris, le numérique permet conjointement d’améliorer le service rendu à l’usager et de rendre plus efficace le système dans son ensemble. Mais, pour cela, il convient de sortir du cycle interminable des expérimentations pour passer des paroles aux actes. Le retard qu’a pris la loi d’adaptation au vieillissement, dont les premiers décrets d’application ne devraient pas paraître avant le premier semestre 2015, n’invite pourtant pas particulièrement à l’optimisme…